Des bleus à l'âme

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©Denis Westhoff
En 1961, elle signe le Manifeste des 121, « Déclaration sur les droits à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. » En représailles, l’OAS plastique le domicile de ses parents ; aucune conséquence grave. En avril 1971, elle signe celui des 343 pour le droit à l’avortement. « Je ne suis inscrite à aucun parti politique, mais je suis engagée à gauche. Je déteste tuer, s'il y avait une guerre, je m'en irais. Où ? Je ne sais pas... Mais s'il y avait une invasion fasciste, je me battrais. Contre une cause indigne, je me battrais. » (À Jean-Jacques Pauvert.)
Elle a épousé l’éditeur Guy Schoeller de vingt ans son aîné en 1958, divorce deux ans plus tard et se marie avec Robert Westhoff, officier de l’armée américaine, puis mannequin, et grand mélomane qui s’adonne à la sculpture. De leur union naît Denis Westhoff, le fils unique de Françoise Sagan. « (…) je sais ce que c'est d'être un arbre avec une nouvelle branche : c'est d'avoir un enfant ». Ne supportant pas d'être mariée, Sagan divorce à nouveau, mais le couple se sépare véritablement en 1972, dix ans après la naissance de leur fils. Elle entame une relation en 1976 avec la styliste Peggy Roche qui restera sa compagne, son ange gardien, son pilier jusqu’à la mort de celle-ci en 1991. Françoise Sagan sera très affectée par cette disparition qui coïncide de surcroît avec celle de Robert Westhoff un an plus tôt, de son frère Jacques, de ses parents, et de Jacques Chazot, un de ses plus proches amis. Les années quatre-vingt-dix sont marquées par la perte de ces êtres qui lui sont chers.

L’argent, la fête, le jeu, la vitesse au volant de voitures extravagantes, les amours libres, l’alcool, la drogue ont alimenté sa légende. Sans parler de ses héroïnes de fiction dont le mode de vie, dissolu, a été assimilé au sien. La ronde des stupéfiants l’a fait s’entourer de personnages troubles et se compromettre dans l’affaire Elf en 2002. Gravement malade, elle meurt d’une embolie pulmonaire à l'hôpital de Honfleur à quelques kilomètres de sa maison de Normandie, le 24 septembre 2004, ruinée.

En 1985, Françoise Sagan recevait le Prix Albert de Monaco pour l’ensemble de son œuvre. En 1998, elle écrivait Derrière l’épaule son dernier texte, une relecture d’une douzaine de ses œuvres qui évoque sa relation à l’écriture ; et rédigeait son épitaphe :
« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »